En général, les studios qui développent des RPG aiment bien créer leurs propres univers. Ça leur permet de ne pas payer une licence coûteuse et surtout ça laisse libre cours à leur créativité. Bioware l’a fait avec Mass Effect ou encore Dragon Age. Obsidian l’a fait avec Pillars of Eternity. Si vous n’y avez jamais touché, sachez qu’il s’agit d'une série de deux RPG en 3D isométrique reposant sur un système de combats en temps réel avec pause tactique, la même formule que les anciens et cultes Baldur’s Gate 1 et 2 dont ils sont clairement les fils spirituels. Le jeu qui nous intéresse aujourd’hui, Avowed, se déroule dans le même univers. Cependant, cette fois, c’est plutôt sur les terres de The Elder Scrolls qu’Obsidian est parti chasser puisque nous sommes ici face à un RPG en vue subjective. Première grosse cartouche de Microsoft pour 2025, Avowed est attendu au tournant. C’est un des plus gros projets, si ce n’est le plus gros projet, d’Obsidian à ce jour. Après l’excellente surprise que fut Indiana Jones et le Cercle ancien, on aimerait bien voir Xbox continuer à aligner les bonnes exclusivités à faire en solo. Alors que vaut Avowed (essayez de dire cette phrase très vite, pas facile) ? Est-ce un nouveau coup de maître de la part d’Obsidian ? Les joueurs en manque de Elder Scrolls vont-ils trouver en Avowed un sauveur ? C’est ce que nous allons voir lors de ce test effectué sur Xbox Series X grâce à une version preview du jeu que l’éditeur nous a fournie depuis plusieurs semaines déjà.
L’avantage quand vous avez un univers maison déjà bien conçu, c’est qu’on sait que les bases seront solides pour construire dessus. Avowed profite clairement de ça. Pas de panique si vous n’avez jamais touché aux deux jeux Pillars, Obsidian a pris grand soin de bien détailler son univers. Que ce soit via les documents trouvés ça et là ou encore les annotations que vous pouvez afficher à tout moment dans les dialogues, personne ne sera laissé sur le côté de la route. Les fans, eux, vont forcément retrouver avec grand plaisir le monde d’Eora.
Et dans ce monde, il existe un lieu nommé Les terres vivantes. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser, il s’agit d’une île qui, au fil du temps, a accueilli plusieurs générations de populations différentes. Des gens fuyant une guerre ou leur passé, en plus d'aventuriers en mal de reconnaissance ou encore d'anciens mercenaires. Toutes ces couches se sont plus ou moins mélangées au sein de cette contrée restée indomptée. Forcément, une telle terre qui n’appartient à personne suscite les convoitises de certaines grandes nations. C’est le cas de l’empire d’Aedyr qui se verrait bien mettre la main sur tout ça afin d’en faire l’une de ses colonies. Evidemment les habitants de l’île ne voient pas ça d’un très bon œil. Quant un mal mystérieux commence à se propager, l’empereur d’Aedyr en personne décide d’envoyer un émissaire sur place afin d’enquêter et de le représenter. Cet émissaire, c’est bien évidemment le joueur qui va donc se retrouver en terrain inconnu à devoir enquêter sur le malrêve, un fléau qui s’attaque lentement aux habitants des Terres vivantes. Tout commence avec des rêves étranges, puis viennent des hallucinations et enfin des excroissances végétales commencent à recouvrir les corps des infectés, les transformant en créatures violentes. Pire encore, cette affliction semble également toucher les animaux et la végétation et personne ne sait d'où elle provient. Ce qui est certain, c’est qu’elle se propage de plus en plus.
Si vous aimez les RPG et plus particulièrement la licence The Elder Scrolls, alors vous devez être assez frustré. Skyrim a plus de 10 ans, le prochain opus ne semble pas prêt de pointer le bout de son nez et les RPG en vue subjective dans le même style ne sont pas légion. Vous pouvez arrêter de broyer du noir car Avowed a le potentiel pour devenir votre sauveur. Tout comme un Oblivion ou un Skyrim, et après avoir torturé le joueur avec un tuto nécessaire mais dirigiste, Avowed vous lâche dans son univers libre comme l’air. Dès la première zone, Rivaube, l’émerveillement devant la découverte de lieux inconnus et le frisson de plaisir que procure l’exploration sont présents. Dès votre arrivée sur les docks, on vous conseillera de vous rendre dans la ville de Paradis. Si vous montez sur les toits, vous pourrez alors apercevoir la cité au loin mais également le pont à traverser pour s’y rendre, tout comme la forêt qui la borde et dans laquelle semble se trouver un vieux monument en ruine ou encore le col de montagne qui se trouve derrière. Bien entendu, vous vous en doutez, tous ces lieux sont explorables. Libre à vous de suivre l’aventure au gré des quêtes ou alors de juste vous balader. Mais pour que tout ça fonctionne et qu’un jeu arrive à vous immerger dans son univers, il faut aussi que ça tienne la route graphiquement.
Avowed est beau. Il y a des défauts, on va y venir mais globalement le jeu est beau. Grâce à une distance d’affichage assez dingue, chaque point en hauteur permet d’observer toute une zone, offrant au passage certains panoramas vraiment bluffants. Que ce soient un temple, une vieille ruine, une ville, chaque lieu est plaisant à découvrir. La direction artistique est réussie. Son côté très coloré pourrait surprendre mais elle est plutôt agréable et rend certains décors vraiment majestueux. Avowed n’est pas un gros bloc open world, il est divisé en quatre zones. Chacune d’elles propose un biome et une ambiance différents. Cité portuaire, forêt luxuriante, grandes plaines escarpées, marécages, désert aride, assurément vous verrez du pays.
Malheureusement, si les différentes régions des Terres vivantes ont plutôt tendance à flatter la rétine, c’est moins le cas en ce qui concernent ses habitants. En effet, la modélisation des personnages, sans être catastrophique, n’est clairement pas ce qu’on a vu de mieux dans ce domaine. Concrètement, ça manque de détails, on aurait notamment apprécié des visages plus détaillés et avec des expressions faciales moins figées. Sur ce point là, le jeu est vraiment très perfectible et c’est encore plus visible sur certains PNJ secondaires qui semblent carrément avoir été générés de manière aléatoire. Dommage car ça crée un décalage entre le niveau affiché par les décors et celui de la modélisation des personnages. Autre petit souci, qui n’en sera pas forcément un pour tout le monde, la DA fait que le rendu des personnages humains n’est pas ultra réaliste. Un peu à la manière d’un Dragon Age The Veilguard, ils conservent un petit côté « cartoon ». Si on précise humain, c’est parce que pour les autres races, c’est un petit peu l’inverse. Les aumauas par exemple, avec leur peau écaillée, ont un rendu vraiment réussi. En ce qui concerne les textures, c’est un peu pareil. Il y a du bon et du moins bon. Certains endroits sont sublimes et d’autres beaucoup moins en fonction de ce qui est affiché. Ceux qui attendaient une grosse claque technique seront clairement déçus. Ceux qui attendaient un jeu beau et qui donne envie de tout explorer y trouveront assurément leur compte.
Nous avons croisé très peu de bugs en jouant à cette version preview et les rares soucis rencontrés (une texture manquante à un endroit par exemple) devraient être rapidement et facilement patchés. Un bon point donc en ce qui concerne la finition du jeu mais également pour son optimisation. Trois modes sont disponibles. Les habituels qualité (graphismes au maximum et framerate limité à 30 fps) et performance (quelques compromis pour viser le 60 fps) mais également un mode équilibré qui vise les 40 fps. C'est une sorte de compromis entre les deux autres qui cible les joueurs ayant un écran compatible 120 Hz. A noter que si en plus votre écran est compatible avec le VRR, c’est encore mieux.
Avowed, ce n’est pas que de l’exploration, c’est aussi des combats, beaucoup et ils sont vraiment plaisants en termes de sensation. Vous aurez le choix entre trois classes. Au menu ? Du classique avec le trio guerrier, mage, rôdeur. On pourrait trouver ça décevant, ce n’est pas le cas et Avowed n’enferme à aucun moment le joueur. S'il est légèrement aiguillé pendant la création du personnage, il est laissé totalement libre après. Inutile d’avoir peur de se tromper car on peut reset tous ses points de stats et de compétence quand bon nous semble (contre de l’argent). Le jeu vous laisse équiper vos deux mains comme vous le souhaitez. Un arc à deux mains, une épée et un bouclier, un pistolet et une épée, un bouclier et un grimoire de magie, les combinaisons sont nombreuses et le jeu vous permet d’équiper deux sets d’armes entre lesquels vous pouvez permuter d’une pression sur une touche. Un système très efficace. Si votre rôdeur qui tire à l’arc à distance se fait surprendre au corps à corps, une simple pression sur une touche vous fera passer à un autre set d’armes comme par exemple une épée et un bouclier. En plus, les combats se veulent vraiment dynamiques. Les adversaires ont une barre de vie et une barre de stun. Quand cette dernière est pleine, ils se retrouvent groggy et à la merci d’un coup surpuissant.
Il y a des esquives ou encore la possibilité de faire des parades avec le bouclier qui repousseront l'ennemi si elles sont bien timées. L’ajout d’un peu de body awareness donne également un peu plus de dynamisme à l’ensemble. Bien sûr vous pourrez aussi utiliser vos compétences, vos sorts, etc., sans oublier le fait que vous ne vous battrez pas seul car vous serez rapidement rejoint par des compagnons (dont nous parlerons plus en détail plus tard) qui se révéleront vraiment utiles pendant les passages les plus tendus. Avec tout ça, les possibilités de builds sont très nombreuses d’autant que certaines pièces d’équipement rares auront des boost très utiles (augmentation des coups critiques, sorts qui consomment moins, etc.). Rien ne vous interdit de faire un personnage hybride qui sera capable d’utiliser la magie mais aussi de mettre des grands coups de masse à deux mains dans le museau des adversaires. Il faudra juste veiller à bien dépenser ses points à chaque montée de niveau. Concernant les adversaires en question, le bestiaire est plutôt varié (guerriers reptiles, morts-vivants, spectres, etc.) et il change en partie d’une région à l’autre.
Que serait un RPG sans une bonne écriture et sans choix à faire. En termes d’écriture et de scénario, Obsidian propose comme à son habitude quelque chose de solide et maîtrisé. L’univers est bien exploité, la quête principale est prenante et les quêtes annexes viennent se greffer de manière naturelle autour. On saluera le soin tout particulier apporté à une entité mystérieuse qui communique avec notre héros dès le début de l’aventure. Les interactions avec elle sont vraiment très intéressantes, de plus en plus à mesure que le mystère se dévoile et que les enjeux deviennent plus importants. Les quatre compagnons sont également bien travaillés. Chacun a son caractère, chacun a une histoire et des choses qui le hantent. Il y a beaucoup de dialogues avec eux, notamment quand on monte un camp. Ils ont aussi beaucoup d’intéractions entre eux. Entre les petites chamailleries souvent assez drôles mais aussi des choses plus contextuelles comme s’extasier avec vous devant un sublime panorama, l’impression de voyager avec un petit groupe soudé qui se dégage de tout ça est vraiment agréable. Et en bon camarades, ils ne manqueront pas non plus de commenter vos choix.
Et les choix dans Avowed, vous allez en faire un paquet. C’est d’ailleurs l’un des gros points forts du jeu tant beaucoup de ces derniers seront cruciaux. Ce qui est vraiment plaisant, c’est qu’à chaque fois, il n’y a jamais vraiment de bons choix, ce n’est pas manichéen. Il n’y a pas le choix du sauveur et celui du méchant. Non, il faudra improviser en fonction de la situation et tenter de choisir le moindre mal. De quoi longuement hésiter face aux conséquences qui ne manqueront pas de se répercuter plus tard. En gros chaque choix crucial présentera un avantage qui sera également accompagné d’un gros défaut.
Qui allez-vous favoriser ? L’empire ou les habitants ? Faut-il soutenir les animanciens malgré le fait que leur magie peut être dangereuse ? Pouvez-vous vraiment faire confiance à cette mystérieuse entité qui vous parle à travers l’Adra ? Autant de dilemmes qui façonneront l’aventure du joueur d’une manière unique jusqu’à un final réussi qui ne manquera pas de prendre en compte toutes vos décisions prises au cours de l’aventure. Malheureusement le récapitulatif final se fait via des images d’illustration (très belles) et un texte récité par une voix. On aurait aimé une ou deux dernières séquences avec le moteur du jeu pour mieux s’imprégner de tout ça. On retiendra également les musiques, réussies, mais parfois un peu trop discrètes.
Si le niveau d’écriture générale est bon, il faut quand même reconnaître qu’il n’atteint pas celui de Pillars of Eternity 2 et manque parfois un peu de finesse.
Revenons rapidement sur le personnage du joueur, le fameux émissaire, pour parler de sa customisation. Petite déception, on ne peut pas modeler la corpulence mais juste choisir entre deux types prédéfinis, un normal et un plus musclé. Pas de choix de race non plus, il faudra jouer un humain. Un Divin plus précisément. En gros, ça veut dire qu’à votre naissance, un des nombreux dieux d’Eora vous a offert sa bénédiction et que vous aurez donc quelques attributs physiques non humains comme des cristaux autour des yeux ou encore des racines en bois dans les cheveux. Des attributs vraiment visibles qui feront que certaines personnes vous craindront et que d’autres vous admireront. Pour ceux qui trouveraient ça trop voyant, le jeu propose une option qui permet de ne pas les afficher. En ce qui concerne le visage de votre personnage, là par contre, vous aurez beaucoup plus de liberté. Les proportions sont modifiables et il y a bon nombre de coupes de cheveux et autres cicatrices et taches de rousseur.
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